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Contrer la crise démocratique par de nouveaux modèles
Réenchanter la démocratie passe par la penser autrement. Une grande enquête menée dans neuf pays européens pointe l’émergence de nouveaux modèles « mixtes » désirés par les citoyens. Aux côtés des membres du Cevipol Sebastien Rojon, Paulina Pankowska, Davide Vittori et Emilien Paulis, Jean-Benoît Pilet a dirigé l’étude.
Face à la fatigue démocratique de plus en plus manifeste, quelle alternative proposer aux citoyens européens ? Financée par une bourse du Conseil européen de la recherche (ERC), l’étude dirigée par Jean-Benoît Pilet, professeur au Département de science politique de l’ULB et membre du Centre d’étude de la vie politique (Cevipol), a cherché à cerner quel type de réforme de la démocratie pourrait redonner envie aux citoyens.
« Les enquêtes qui cherchent à connaître les préférences citoyennes quant à qui devrait gouverner mesurent le soutien à des modèles types, uniques et imperméables : le choix pour une gouvernance par les élus, ou les citoyens, ou les experts », observe le chercheur. « Sans considérer que les citoyens pourraient combiner plusieurs aspects de chacun de ces modèles. »
En interrogeant des échantillons représentatifs de citoyens issus de neuf pays européens, l’étude menée par Jean-Benoît Pilet montre que le modèle « pur » démocratique actuel est dépassé, tendant plutôt vers des préférences « mixtes » en fonction de différents pays.
« Six types de modèles sont ressortis de notre enquête », détaille-t-il. « Très peu de répondants soutiennent un des trois modèle ‘type’ – 4% pour le modèle basé uniquement sur les élus – tandis que la grande majorité privilégie une combinaison d’acteurs ».
Dans ces combinaisons possibles, trois profils émergent. « En premier, les ‘modérés’, profil le plus généralisé, sont plutôt négatifs à l’encontre des politiques et positifs à l’égard d’alternative, sans priorité claire. Ensuite, les ‘démocrates responsables’ préfèrent combiner le soutien aux politiques et aux experts avec une implication minimale des citoyens. Enfin, les ‘populistes furtifs’ sont en faveur d’un transfert de pouvoir vers les citoyens et les experts, avec ces derniers qui gèrent le quotidien et les citoyens qui se contentent de les contrôler. »
« Notre étude s’est penchée sur l’Europe, qui est un espace avec une histoire particulière », pose Jean-Benoît Pilet. « Aujourd’hui nous poursuivons notre étude en Asie et cherchons des financements pour que cette enquête devienne mondiale ».
« Ouvrir la démocratie à des manières de faire multiples permettrait de mieux faire passer les décisions nationales et de renouer avec d’autres moments de la vie publique que la simple élection nationale », conclut le chercheur. Ou comment réenchanter la démocratie aujourd’hui.
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